Doit-on continuer de densifier Paris ?

Par Bernard Landau

La gauche a gagné la Mairie de Paris en 2001 sur un programme de développement mesuré de l’urbanisme et des densités bâties dans Paris. Qu’en est-il depuis l’adoption en 2006 du nouveau PLU de Paris et des diverses modifications qui depuis se sont suc-cédées. Assiste t-on sur fond de valorisation foncière effrénée a un tournant vers l’hyper densification de Paris ?

Paris le 27 juin
Communiqué de presse FNE Paris

A Paris, la poursuite d’un urbanisme  d’hyper densification de la ville menace l’environnement et la qualité de vie des habitants !

Le prochain Conseil de Paris des 2,3 et 4 juillet doit se prononcer sur les délibérations concernant le projet d’une nouvelle ZAC de 80 hectares à l’est de Paris : la ZAC Bercy Charenton  et sur  la poursuite de l’aménagement  de certains secteurs du  grand territoire du projet  « Paris Nord Est ».
Les associations parisiennes, franciliennes, nationales et internationales cosignataires de ce communiqué avec FNE Paris appellent solennellement l’attention des élus et habitants de Paris et du grand Paris sur  l’actuelle mise en œuvre par la municipalité d’un  urbanisme de densification excessive, voire de  sur densification de Paris qui rappelle les mauvais souvenirs des années 70, contraire aux orientations votées dans le Plan d’aménagement et de développement durable de Paris adopté en 2006. 
Poursuivre cette politique telle que le prévoient ces deux délibérations serait  dangereux pour la résilience de la ville, l’environnement,  le cadre de vie et la santé des  habitants.
 Ainsi, avant d’engager davantage et  pour des dizaines d’années Paris et les Parisiens dans un protocole foncier conclu en  2016 avec SNCF Réseaux Ferrés sur ces deux secteurs, FNE PARIS  appelle le Conseil de Paris à faire preuve de sagesse. Nous estimons nécessaire de tirer  le bilan de certaines opérations d’aménagement conduites au cours des deux dernières décennies à Paris ayant promu de nouvelles formes de densité urbaines  comme par exemple Clichy Batignolles (1).
Les actuels débats sur l’abandon de l’ouverture du parc des Batignolles et la question d’une bretelle supplémentaires pour accéder au boulevard périphérique Porte Clichy attestent  des dangers et incohérences de cet urbanisme de sur densification qui va à l’encontre des objectifs d’une ville résiliente.
Elles constatent ainsi  que :
1/ La future ZAC Bercy Charenton prévoit 280.000 m2 de logements et 215.000 m2 de bureaux, pour « rééquilibrer » l’est et l’ouest parisiens, avec 6 tours de 50 à 180m de hauteur alors que Paris accumule les m2 de bureaux inoccupés.  La ville de Charenton a dans le cadre du concours Réinventer la Métropole du Grand Paris,  prévu de construire un quartier mitoyen du projet parisien avec  une tour haut de gamme posée dans un mouchoir de poche,  coincée entre l’A4 et le périphérique et très mal desservie par les transports en commun.
A l’heure du grand Paris doit-on continuer inlassablement de récupérer les rares terrains encore disponibles du petit Paris,  bétonner ce qui reste de faisceaux ferrés qui sont des grands couloirs d’aération de la ville,  des corridors de préservation de  la biodiversité et qui permettent de dégager encore de grands horizons sur le paysage de la ville.
Rappelons que les tours sont coûteuses et anti environnementales  et ne sont pas des solutions pour la ville et ses habitants mais surtout  des opportunités de marché pour les investisseurs. Les formes urbaines proposées aujourd’hui sont celles d’ilots compacts, densément construits, ce qui accentue l’effet  ilots de chaleur, d’équipements publics intégrés à l’étroit  dans ces ilots et probablement  sous dimensionnés compte tenu du nombre d’habitants attendus à terme, d’une insuffisance récurrente d’espaces verts (on est loin des 30% de surface d’espaces verts des opérations d’urbanisme  de la fin du 20ème siècle). La situation de ce nouveau  quartier, mal desservi par les Transports en Commun aura un impact sur des transports toujours plus congestionnés dans un environnement marqué par la présence d’infrastructures ferroviaires et auto routières porteuses de nuisances et de risques.
Faut-il à l’est de Paris un nouveau quartier de tours, réplique newlook des quartiers de tours du 13ème arrondissement  On sera loin des principes d’éco quartier vantés dans la communication de la ville. Nous demandons la publication de l’étude d’impact et un débat public sur ses conclusions.

2/L’opération Chapelle Charbon du 18e arrondissement prévoit également une forte densification  du site : 450 logements, le projet de grand espace vert de 6,5 ha promis aux habitants demeure très incertain au-delà des 3 ha prévus d’ici 2020/2021 en raison du chantier CDG Express et de la libération des terrains occupés par CAP 18.  Les espaces verts initialement prévus se réduisent comme peau de chagrin et la surface moyenne d’espace vert par habitant de 0,9 m2 contre les 5,8 de la moyenne parisienne, bien loin des 10 m2 minimum définis par l’OMS pour préserver la santé des habitants.

3/ Les associations,  à l’écoute permanente de la réalité de terrain,  constatent  que ce mouvement est en train de dangereusement s’amplifier, que ce soit par exemple avec le programme très dense du futur quartier  Saint Vincent de Paul qui prévoit 600 logements, des bâtiments R+ 11 et très peu d’espaces libres et végétalisés dans un ilot de 3,5 hectares  qui sera enclavé, ou bien pour tout Paris ,  du fait de l’abandon des COS,  le début de constructions  dans les espaces verts des cœurs d’ilots ou sur les fonds de parcelles des tissus constitués qui bénéficiaient jusqu’alors d’un bouclier préservant les jardins intérieurs avec le cos de fait. 
Les associations dénoncent  donc le projet de ZAC Bercy Charenton. La perspective du  grand Paris ne doit pas être pour Paris celle d’un Paris toujours plus dense !  Elles estiment que ces questions doivent désormais s’arbitrer  à l’échelle métropolitaine,  être étudiées dans le futur SCOT métropolitain au regard de critères environnementaux et d’intérêt métropolitain.

Ne rééditons pas les erreurs des années 70 !  Une telle  fuite en avant, va à l’encontre de tous les objectifs votés ces dernières années par le conseil de Paris en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité, de plus de nature en ville, et de réalisation d’éco quartiers pour une ville plus humaine et plus résiliente.
La copie est à revoir !

 

1) Le dernier équipement public livré en matière d’espaces verts, le Parc Martin Luther King, résultant de la mutualisation de tous les espaces verts des parcelles avoisinantes, ne peut justement pas remplir la mission de rafraîchissement nocturne promue par le Plan Climat car les effets de la surdensification de son pourtour ont été négligés. En effet la réduction de 6 à 2m du prospect entre les constructions mitoyennes et les limites du parc (modification du PLU de 2012 portée par Mme Hidalgo) a conduit à la fermeture nocturne du parc en raison des plaintes de riverains face au bruit des usagers.

 

Découvrir Le blog de Bernard LANDAU