Qu4torze : les transformation du quartier Saint-Vincent-de-Paul

LES TRANSFORMATIONS DU QUARTIER SaintVincent-de-Paul

Successivement maison religieuse, orphelinat, hôpital, friche urbaine, l’ensemble Saint-Vincent-de-Paul s’apprête à entamer une nouvelle mutation. Le futur quartier s’étendant sur 3,4 hectares devrait réunir 600 logements, dont 50% de logements sociaux, plusieurs équipements publics et privés, une crèche, une école, un gymnase, des activités commerciales et un site à vocation culturelle.

L’histoire de l’actuel hôpital Saint Vincent de Paul commence en 1650 avec la fondation d’une maison religieuse destinée aux prêtres novices. En 1657 suite à la construction d’un oratoire, elle prend le nom d’institution de l’oratoire avant de devenir, à la fin du 18e siècle, une maternité et une maison d’allaitement puis de recueillir des enfants abandonnés ou orphelins à partir de 1814.

En 1930 le site se transforme en hôpital public spécialisé dans les naissances et la pédiatrie. En 1999, la réorganisation des pôles hospitaliers parisiens mène à fusionner l’hôpital Saint Vincent de Paul avec Cochin, les services pédiatriques rejoignent l’hôpital Necker. En 2011, une première convention d’occupation temporaire conclue avec l’association Aurore transforme les bâtiments désaffectés en lieux d’hébergement. Entre 2015 et 2020, le projet des Grands Voisins, l’une des plus grandes friches urbaines d’Europe, réunit sur le site de l’ancien hôpital des résidents en situation de précarité, des associations et jeunes entreprises et des espaces ouverts au public, notamment un café et un restaurant. La fin de l’expérimentation des Grands Voisins marque le début d’une nouvelle étape pour l’ensemble qui devrait devenir d’ici 2026 un lieu mixte incluant des logements -50% de logements sociaux, 20% de logements intermédiaires et 30% de logements libres- 9300 m2 d’activités et de commerces, 5300 m2 d’équipement public (une crèche, une école, un gymnase), 4200 m2 d’équipements culturels.

La Ville de Paris et l’aménageur la SPL(1) Paris & Métropole Aménagement, propriétaire du terrain depuis 2017 ont confié la maitrise d’oeuvre du projet à l’agence Anyoji Beltrando.

LE PARTI PRIS ARCHITECTURAL: MÊLER RÉHABILITATION ET CONSTRUCTIONS MODERNES

Parmi les partis pris architecturaux figure la réhabilitation de 60% du bâti. L’hôpital Saint-Vincent de Paul s’est construit en plusieurs étapes successives s’étendant entre le 18e siècle et les années 1990, le choix consiste à réhabiliter les bâtiments Oratoire, Pinard, la Maison des Médecins et la Lingerie et l’ensemble Lelong, qui sera surélevé. Trois nouveaux bâtiments verront le jour, les bâtiments Denfert, Chaufferie et Petit.

En matière de circulation, une boucle unique desservira les différents bâtiments, accessible depuis l’avenue Denfert Rochereau. A l’intérieur, la vitesse ne dépassera pas les 20km/h. Les piétons et vélos disposeront de trois accès supplémentaires, deux depuis l’avenue Denfert Rochereau et un depuis la rue Boissonade. Quant aux deux allées orthogonales qui traversaient l’hôpital Saint Vincent-de-Paul, se croisant en son centre, elles seront préservées et transformées en un « espace paysager » de 4000 m2 .

UN DISPOSITIF D’ACCESSION À LA PROPRIÉTÉ INNOVANT

En matière d’accession à la propriété, le quartier Saint-Vincent de Paul expérimente un dispositif innovant, le Bail réel solidaire (BRS), prévu par la loi Alur qui dissocie le bâti des murs. L’acheteur devient propriétaire de l’appartement pour une durée de 99 ans tout en demeurant locataire du terrain pour lequel il paye une redevance mensuelle. Cette formule permet d’accéder à la propriété à un prix inférieur à celui du marché, 5000€ le mètre carré dans le cas des 23 logements commercialisés en avril, pour lesquels la Foncière de la Ville de Paris (FDVP) a reçu plus de 2600 dossiers.

UN ESPACE DÉDIÉ À LA CULTURE

L’ensemble Saint-Vincent-de-Paul comprendra également un espace culturel de 4 200 m2 géré par le collectif Thanks for Nothing, lauréat de la consultation lancée par la Ville de Paris pour la Façade Denfert (elle comprend les bâtiments Robin, Oratoire, les cours attenantes et le nouveau bâtiment Denfert). « La Collective » qui se définit comme un « centre d’art et de solidarité » devrait réunir un lieu dédié à des expositions et des événements artistiques de 1000 m2 , une résidence d’artistes dotée de vingt ateliers-logements, des ateliers de production et de formation consacrés à l’artisanat d’art, un incubateur de structures de l’économie sociale et solidaire, un restaurant solidaire ainsi qu’un centre d’hébergement d’urgence d’Emmaüs Solidarité.

UN PROJET URBANISTIQUE CONTROVERSÉ

L’association du quartier Saint Vincent de Paul (AssoQSVP) et ses 400 adhérents dénoncent, depuis le début du processus de concertation, le manque de dialogue avec la Ville de Paris et l’aménageur sur les aspects fondamentaux du projet : densité, espaces verts, diversité d’usage, mixité sociale. Selon eux, trop bétonné, manquant d’espaces verts, le projet ne réserve pas un contingent de places de logements pour les soignants des hôpitaux environnants (Cochin, Port Royal, Saint Joseph), comme le demandaient les associations de riverains. Les critiques portent également sur l’urbanisme du projet, notamment la concentration de logements sociaux en coeur d’ilot ou encore le manque de places de stationnement. « Nous venons d’apprendre que le projet prévoit d’abattre tous les arbres (une trentaine) du quartier St Vincent de Paul, sous prétexte de faire de la place aux véhicules de sécurité, type pompiers. C’est encore en contradiction avec le discours écologiste de la mairie ! » s’indigne le président de l’association, Nicolas Gusdorf.

L’AssoQSVP a proposé un projet alternatif, élaboré par l’architecte Jean-Pierre Buffi, qui augmente le nombre d’espaces libres et verts de 4 000 à 10 000m2, conserve l’intégralité du front bâti ancien de l’avenue Denfert Rochereau, alterne les bâtiments de logements sociaux et classiques, comprend un parking sous l’espace central. Son président prend d’ailleurs pour exemple le récent projet de quartier OrdenerPoissonniers, contesté par les habitants et les élus écologistes du 18e arrondissement. Finalement revu par la mairie de Paris et l’aménageur, il comptera 200 logements de moins et une hectare d’espaces verts supplémentaires.

Après un premier recours contentieux déposé en 2019 contre la création de la ZAC Saint-Vincent-de-Paul, rejeté par la cour administrative d’appel de Paris le 19 novembre 2020, l’association a déposé un nouveau recours contre le permis d’aménager le site en avril dernier.

À la contestation des riverains s’ajoute désormais celle de 41 personnalités, parmi lesquelles on retrouve Thomas Dutronc, Stéphane Bern ou encore Jean-Marie Rouart. Dans une tribune publiée par le Figaro le 2 septembre, elles dénoncent un projet qui va, selon elles, « défigurer un quartier historique de Paris ».

 

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